« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville ». Ces vers de Verlaine résonnent en moi à l’instant même où je le vois. Il est 20 heures, sur le quai de cette gare à Paris et la pluie tombe avec une intensité rare pour ici, presque furieuse. Non pas la fine bruine familière, mais de lourdes gouttes, des torrents d’eau qui ruissellent en cascade sur le pavé luisant. Un déluge qui frappe, qui fouette, qui martèle tout sur son passage.

Ce spectacle ne saurait être le fruit du hasard. C’est un rendez-vous secret, un pacte tacite entre le ciel et l’ultime instant que nous allons partager. L’instant des adieux- ou plutôt de l’irréparable séparation.

Autour de moi, la foule s’abrité, recroquevillée sous ses parapluies, protégée du chaos liquide. Moi, au contraire, je choisis de m’offrir à cette pluie battante, de la laisser s’insinuer dans chaque pore de ma peau, jusqu’à ce qu’elle ne fasse plus qu’un avec moi. Le vent mêlé à l’averse gifle mon visage, mais à cet instant précis, cette morsure glacée m’est douce. Elle m’aspire, me purifie, m’arrachant à mon passé comme une pluie salvatrice qui laverait mes péchés anciens.

Les paupière closes, je m’offre à la pluie comme à une étreinte. J’aime cette pluie qui dissimule mes larmes au moment fatidique de l’aveu redouté. J’aime cette pluie qui fait que mon tee-shirt, trempé, épouse désormais mes formes, les révélant à demi, mystérieuses et fragiles à la fois. J’aime ensuite pouvoir apercevoir pour une dernière fois sous son tee-shirt mouillé la forme de son torse, que j’ai tant de fois parcouru et caressé du bout de mes doigts.

Il me regarde et déjà il sait. Le temps l’a prévenu avant même que mes mots ne naissent. Complice silencieux, il lui a soufflé ce que je n’ai pas encore dit. Avant que mes lèvres ne s’ouvrent il avait compris. Cette étreinte sera la dernière, ce regard échangé l’ultime, et jamais plus nos bouches humides ne se rejoindront.

Même le ciel de Paris semble se briser sous la pluie, en colère d’être témoin de deux cœurs faits pour s’aimer et contraints pourtant de se quitter.

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