
Je déteste le retour des vacances. Retirer tout le linge sale des valises, le laver, l’étendre, le plier, le ranger : c’est le retour de la fameuse charge mentale et la fin de la légèreté des vacances d’été. Avant d’envoyer mon sac de voyage aux oubliettes dans la cave, je le secoue pour être certaine de n’avoir rien oublié à l’intérieur. Et là, magie de la vie, afin de m’extirper de mon état bougon du moment, un ticket blanc volette gracieusement et finit par se déposer à mes pieds. Je le saisis et lis ce qui y est inscrit : biglietto di vaporetto. Je ferme les yeux et le bruit de fond assourdissant de ma machine à laver se transforme en un concerto de moteurs de bateaux. Me voilà ailleurs. Je flotte, je suis apaisée. VENISE.
A Venise, il n’y a pas de voitures, on se déplace sur l’eau. Sur les canaux de la Sérénissime, de la Cité des Doges, le commandant du vaporetto annonce les arrêts. L’accent italien me transporte, je suis sous le charme de cette langue et de cette ville, si bien que j’en oublie ma destination. Nous avons rendez-vous dans un restaurant à l’extérieur de l’hypercentre touristique. Nous sommes en retard. Je maudis mon absence totale de sens de l’orientation, je suis encore perdue ! Je peste aussi contre Google Maps qui semble tout aussi désorienté que moi. Si je ne peux même plus me fier à la technologie, je maugrée intérieurement…
J’ai peur de le décevoir. Sa main dans la mienne, pourtant, je me sens invicible. Il relativise et me fait très justement remarquer que grâce à mon errance nous avons la chance d’admirer un magnifique coucher de soleil. Je serre sa main un peu plus fort, mesurant la chance que j’ai d’être ici avec lui. Le proverbe qui dit « qu’importe la destination, c’est le chemin qui compte » me saute au visage. Le vrombissement du bus aquatique me ramène à la réalité. Sans réfléchir on descend et je reprogramme le GPS : je ne perds pas l’espoir de découvrir cette adresse culinaire recommandée par une amie. Un homme s’approche alors de nous. De mes quelques brigues d’italien je lui dis où nous devons nous rendre et il nous indique très gentiment quel vaporetto prendre. Je l’avais vu quelques instants plus tôt faire la manche. Quand l’opulence et la pauvreté se côtoient… Pour le remercier, je lui donne donc un petit billet. Il semble reconnaissant, mais pas autant que moi ! Grâce à lui nous allons enfin pouvoir déguster les bonnes pâtes tant attendues !
C’est notre premier voyage tous les deux alors je voulais que ce soit parfait. Je m’excuse de ce désagrément et de ce contretemps. De sa voix réconfortante il me dit que cette aventure fera un souvenir inoubliable et qu’elle nous a en plus permis d’aider un monsieur. Il a raison ! De toute façon la vérité sort de la bouche des enfants, n’est-ce pas. Ce ticket à la main, le sourire aux coins des lèvres, je suis emplie d’une douce nostalgie. Ce souvenir d’un voyage en Italie avec mon fils de six ans qui m’a rappelé que les imprévus de la vie en constituent le grain de folie !

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