31 octobre. Arnaud déteste les soirées déguisées, mais il est obligé d’y aller, Julie y sera aussi et il est éperdument amoureux d’elle. Ils se voient tous les jours au bureau et partagent des moments complices mais sa timidité l’a toujours freiné à dévoiler ses sentiments. Derrière son costume, et avec un petit cocktail, il sent qu’il pourra combattre sa peur. Et s’il venait à se prendre un vent, il dira que c’était une farce. C’est bien ça après tout la devise d’Halloween : « trick or treat » (un bonbon ou une farce). Il sort un vieux carton de sa penderie sur lequel est inscrit : DEGUISEMENTS. Entre le costume du Père Noël et un vêtement de fantôme, le choix est vite fait. Il s’empare de ce qui ressemble à un long drap blanc avec deux ronds noirs à la place des yeux et un grand trou à la place de la bouche. Il l’enfile. Il ne comprend pas bien ce qui se passe mais il sue à grosses gouttes et a froid en même temps. Il respire un grand coup et va pour retirer le déguisement. Il est encore tôt il pourra le mettre au dernier moment. Impossible. Il regarde ses mains au travers des trous noirs transparents : elles ont comme disparues, il ne voit qu’un voile blanc. Sa vision doit être troublée, car il n’a presque rien mangé ce midi à cause de cette soirée qui le stressait. Il est à la limite du malaise. Ah, le voilà dans de beaux draps ! Enfin là, c’est plutôt l’inverse, il est dans un satané drap qui l’étouffe, lui colle à la peau et qu’il ne parvient pas à retirer. L’alarme de son téléphone sonne déjà. C’est le rappel qu’il s’était mis pour partir à l’heure. Il panique encore plus : il suffoque dans ce coton épais qui sent en plus mauvais à n’être jamais sorti du placard. Il ne parviendra jamais à aborder Julie dans cet état. Quel cauchemar ! Il prend son courage à deux mains (qu’il n’a plus!) et se met en marche. Il passe devant le grand miroir de son hall d’entrée et manque de défaillir : aucun reflet. Il croit devenir fou. Il ferme les yeux puis les rouvre. Toujours personne. Il fait quelques mouvements : il est bien vivant, il sent l’air lorsqu’il bouge sa tête mais il ne se voit pas dans la glace. Un frisson lui parcourt l’échine. Il a le sang glacé par ce qui est en train de se passer. Il se décide à franchir le pas de la porte. L’air extérieur lui fera le plus grand bien. Il espère retrouver ses esprits. La rue est déjà bondée d’enfants et de grands qui arpentent les pavés avec une petite citrouille tissée à la main pour y glisser des bonbons. Il a une dizaine de minutes de marche jusqu’au lieu de la soirée. Il décide de s’arrêter dans un magasin pour acheter une bouteille de vin et des bonbons. Lorsqu’il entre, aucun bonjour, aucun regard. Il s’empare rapidement de ses emplettes et va à la caisse. L’hôtesse ne le calcule pas. Il tousse, dit excusez-moi, je souhaiterais payer, mais elle ne répond pas. Quelle malpolie ! Puis il comprend : son déguisement ! Les gens sont drôles finalement, ils font comme s’ils ne le voyaient pas. Son miroir c’était étrange tout de même… Il entend le bruit sourd du paquet qui tombe sur le sol et ressort de l’échoppe. Sur le chemin, des enfants s’écartent ! C’est réussi, il doit être effrayant. Il arrive à l’appartement de Hervé qui organise la soirée. Il entre en même temps que Julie. Elle est déguisée en diablesse. Le rouge lui va à ravir. Elle est diaboliquement attirante, ce qui accroît la peur d’Arnaud. Il s’avance pour lui faire la bise pour la saluer mais elle lui tourne le dos. Il est déconfit. Il a mis un déguisement de fantôme pour Halloween pour cacher sa peur de se faire ghoster mais finalement, à force de se faire ignorer et de se cacher derrière sa timidité, il a fini par devenir ce qu’il redoutait le plus : invisible, comme un fantôme.

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